Evangelion

samedi 29 mai 2004 par tomblueangel


L’histoire débute en 2015 à Tokyo 3. La moitié de l’humanité a été réduite à néant par ce qui fut appelé le second impact (le premier étant le big bang qui fut à l’origine de la création de la Terre) et qui est dû, nous dit-on, à l’écrasement d’une météorite au pôle sud.
On apprendra par la suite que ce n’est pas véritablement le cas, et que ce second impact fut précédé par une expédition menée par Misato Katsuragi, 15 ans auparavant. Elle-même, qui aujourd’hui (en 2015) se doit de loger et protéger Shinji Ikari. Cet adolescent a subitement été rappelé par son père Gendo, commandant de la Nerv, une organisation militaire qui doit défendre Tokyo-3 des attaques d’ « anges » avec des "robots" nommés Eva. La Nerv dépend de la Seele qui elle, est une organisation multinationale plutôt sectaire… Ainsi, le premier épisode s’ouvre sur l’attaque d’un gigantesque androïde auquel on attribuera le nom d’Ange. Dès l’instant où Gendo donnera à son fils (qu’il avait abandonné pendant près de 12 ans) l’ordre de diriger un EVA, sa vie qui était jusqu’à présent inexistante, se verra entièrement transformée. Le jeune homme devra lutter pour trouver sa vraie place : il devra se battre contre les Anges mais surtout contre lui-même et vaincre sa peur des autres. Evangelion pourrait passer pour un animé peignant l’histoire de héros invincibles qui sauvent le monde à maintes reprises, cependant l’intrigue est plus creusée. Celle-ci nous dévoile le combat d’un adolescent face à ses peurs, ses complexes… et, pour le spectateur, la victoire de Shinji sur ses angoisses est vraiment émouvante.


Shinji Ikari : Né un an après le Second Impact, IKARI Shinji fait partie de cette génération qui n’a pas connu la catastrophe. Ce garçon de constitution chétive ne se souvient absolument pas de son enfance, et particulièrement de la mort de sa mère. Il vécut ainsi totalement replié sur lui-même chez son tuteur, jusqu’à ce que son père le presse de le rejoindre à Tokyo-3. Malheureusement, comme à son habitude, ce dernier ne souhaite aucunement revoir son fils pour des raisons personnelles, mais pour une seule chose : faire de lui le pilote de l’Evangelion Ø1.
Ayanami Rei : Souvent élevée au rang d’héroïne de la série, Ayanami Rei n’en possède que les archétypes les plus secondaires : jeune, certes jolie, elle est surtout désespérément vide et introvertie. Dans la même classe que Shinji, Rei n’a aucun souvenir de son enfance et vit repliée dans un univers étranger à tous, exception faite, semble-t-il, de Gendô, dont la présence (plus que tolérée) provoque à elle seule les rares moments de joie de cette jeune fille. Les deux individus, d’ordinaire froids et distants, ont en effet des rapports tendres et complices, ce qui rend Shinji perplexe et l’agace au plus haut point.
Katsuragi Misato : Unique survivante de l’expédition Katsuragi au pôle sud, l’officier Misato est la seule humaine vivante ayant été témoin du réveil du Shito en l’an 2000. Après cinq années d’aphasie, elle rencontre à l’université de Tokyo-2 (Nagano) AKAGI Ritsuko. Membre du Gehirn, elle tire partie de sa réorganisation en 2010. A 29 ans, elle est le supérieur direct de Shinji au sein de la Nerv. Cependant, malgré sa position, nombreuses .sont les portes qui lui demeurent closes...
Soryu Lengley Asuka : Née de parents japonais et américains, Sôryû Asuka Langley est un joyeux melting-pot culturel à elle toute seule : un cocktail de sang allemand, américain, japonais …. A quatorze ans, c’est une véritable boule d’énergie sur pattes, qui, se croyant en avance sur son âge car surdouée sur le plan scolaire, se jette dans les bras de la plupart des membres du sexe opposé...


Critique

Evangelion est sans nul doute le meilleur manga que j’ai eu l’occasion de voir, et je ne prends pas trop de risque en disant que jamais un manga n’avait poussé aussi loin la réflexion sur la condition humaine et sa place dans l’univers.
Le fait de ne trouver presque aucune réponse (même à la fin) aux questions que l’on ne cesse de se poser ainsi que les nombreuses références théologiques, philosophiques et métaphysiques en font un manga unique, un genre à lui tout seul.
Seul un long travail de raisonnement basé sur des re-visionnages a pu me mener au sentiment d’avoir trouvé une interprétation plausible. Cependant, rien que pour les scènes d’anthologies que nous offrent l’anime et les 2 films (Death and rebirth et The end of Evangelion), il est indispensable, pour tout otaku digne de ce nom, de regarder Evangelion.

Auteur

Anno a tenté plusieurs fois de créer une œuvre creusée et profondément réfléchie, ce qu’il avait réussi a moitié avec l’excellent Nadia qui posait déjà de nombreuses questions essentielles. S’ensuivit ensuite pour Anno, une longue dépression, (durant laquelle il s’est interrogé sur le sens de la vie) qui aboutit à une tentative de suicide. C’est après ce parcours qu’il réalisa avec les Studio Gainax, Neon Genesis Evangelion, dont la traduction peut donner : L’évangile d’une nouvelle genèse (ce qui correspond assez bien à Shinji dans The End...). A travers Evangelion, Hideaki Anno a voulu faire passer plusieurs messages, dont notamment une critique de l’animation japonaise dans laquelle il dénonce le but uniquement lucratif de plusieurs grands groupes de productions d’animés... De plus, l’impossibilité de comprendre l’animé sans effectuer de recherches constitue un des buts recherché par Anno. Il veut faire réfléchir tous ces otakus, qui attendent généralement la fin d’un manga pour ingérer, sans vraiment fournir de travail de raisonnement, les réponses toutes faites du dénouement. Enfin, à travers Shinji, Anno veut nous faire comprendre que la vie n’est pas éternelle et que par conséquent il faut en profiter au maximum en vivant en harmonie avec son prochain... Quel beau message de paix !

Enfin je vais laisser la parole à...Hideaki Anno lui-même ( !!) dans une interview réalisée au Japon en 1995, peu avant la sortie d’Evangelion et dans laquelle il répond à la question suivante :

"Qu’essayez-vous d’élaborer ?" :
« Cela se passe en 2015.
Un monde où, environ la moitié de l’humanité a disparu violemment voilà quinze années.
Un monde où, par le miracle d’une reprise de l’économie, de la consommation, de la circulation et de la production, les étalages des commerces sont à nouveau approvisionnés.
Un monde où, habitués à ce spectacle, les gens préfèrent la fin aux moyens.
Un monde où la natalité s’effondre.
Un monde où le Japon, ayant abandonné l’ancienne Tokyo détruite, a transféré la capitale à Nagano, érigé Tokyo-2 et élevé en paravent un nouveau projet de transfert de capitale pour bâtir Tokyo-3, la ville forteresse.
Un monde, enfin, où des créatures désignées sous l’appellation d’« Ange » attaquent sans raison évidente cette dernière. Voici un survol du monde de Neon Genesis Evangelion. Une vision emprunte de pessimisme. Il est tout à fait évident que j’ai commencé ce récit en ôtant toute parcelle d’optimisme que je pouvais y trouver.
Là-dedans, il y a un jeune homme de quatorze ans qui redoute les rapports avec les autres.
Ses agissements sont absurdes, il a abandonné tout effort pour essayer de se comprendre : il vit dans un monde fermé. S’estimant abandonné par son père, il en déduit directement qu’il est un être inutile mais il ne peut pas pour autant se suicider. Ce jeune homme est lâche. Là-dedans, il y a une jeune femme de vingt-neuf ans qui essaye, tant que faire se peut, d’entretenir des relations frivoles avec les autres. Elle se protège en fuyant les relations affectives. Tous deux, ils sont terrifiés à l’idée d’être blessés. Tous deux sont dépourvus de ce positivisme, comme on le nomme, qu’affichent les héros, et je pense qu’ils sont les derniers qualifiés pour ce rôle.
Et pourtant, je les ai bien choisis comme héros. On m’a dit un jour « vivre, c’est changer ». C’est en voulant faire un récit, où, la fin se rapprochant, le monde, les personnages aussi, exprimeraient ce désir de changement, que j’ai commencé cette oeuvre. Parce que c’était là mon véritable souhait.
Je me suis investi entièrement dans Neon Genesis Evangelion, moi qui étais resté improductif durant quatre années. Quatre années de fuite, où je me suis contenté de ne pas mourir : c’est en me disant « je ne dois pas fuir » que j’ai commencé cette oeuvre.J’ai pensé cette oeuvre comme l’expression de mes sentiments, de mon humeur, fixée sur un film. Je sais que c’est difficile, téméraire, et sans doute arrogant. Mais j’ai essayé. Ai-je réussi ou échoué, je ne le sais pas. Car, au fond de moi, le récit n’a pas encore pris fin. Que deviendront Shinji, Misato, Lei, où vont-ils, je ne le sais pas. Car je ne sais pas où se dirigent les pensées de l’équipe.
Je me sens irresponsable. Mais il est évident que nous avons essayé de nous synchroniser avec le monde de notre oeuvre. Nous avons assumé le risque de ne faire qu’une « singerie », mais il n’y avait pas d’autres chemins. Car c’est uniquement là que réside notre originalité... »
17/7/1995

ANNO Hideaki

P.S. : au fait, Shinji est le nom d’un ami, Misato celui du personnage principal d’un des mes mangas favoris et Ritsuko celui d’une amie de collège. Quel que soit le nom, il n’a pas été choisi au hasard. Ceux qui n’ont rien d’autre à faire pourront toujours s’occuper à chercher.
Interview réalisée par Kadokawa Shôten et publiée en Septembre 1995.

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