Jiro Taniguchi

jeudi 11 janvier 2007 par dunk


Né à Tottori le 12 août 1947

Il fait ses débuts dans le manga en tant qu’assistant du mangaka Kyota Ishikawa. En 1970, il publie Kareta Heya, "Un été desséché" chez Shonen Gahosha. Puis, il se lance dans une collaboration avec le scénariste Natsuo Sekikawa entre 1976 et 1979, avec qui il publiera tour à tour "Ville sans défense", "Le Vent d’ouest est blanc" et "Lindo 3" chez Futabasha. La collaboration fructueuse se poursuit avec "Au temps de Botchan", fresque historique en cinq volumes.

A partir de 1991, Taniguchi décide de faire cavalier seul et signe "L’Homme qui marche", "Le Chien Blanco" et "Le journal de mon père", une trilogie familiale. En 2001, il collabore avec Moebius sur "Icare" (textes de Moebius).

Jirô Taniguchi a remporté de nombreuses récompenses. En 1998, il reçoit le Osamu Tezuka culture Award pour "Au temps de Botchan" (Un prix existant depuis 1997 qui récompense un mangaka dont le style correspond à l’approche artistique de Osamu Tezuka), plus tard, le prix Shogakukan lui est attribué pour "Elever un chien". En 2001, "Le sommet des dieux", reçoit le prix de la meilleure œuvre, dans la catégorie manga lors de la 5e édition du festival des arts et média du ministère de la Culture du Japon.

En France l’engouement de la profession est le même. "Quartier Lointain" (tome 1) remporte l’Alph’Art du meilleur scénario lors du festival d’Angoulême 2003. "Le journal de mon père" avait également été couronné par le prix de la meilleure BD étrangère en 2001. Il a reçu le prix Canal BD des librairies spécialisées et lorsque ses manga paraissent, ils sont souvent classés "manga du mois" dans de nombreux sites Internet consacrés à la bande dessinée. "Quartier lointain" a été nominé il y a quelques mois au Forum de Monaco pour le Prix de la meilleure BD adaptable au cinéma et à la télévision.

Style et influences

Jiro Taniguchi ne cache pas ses inspirations européennes. Moebius, Bilal ou Crespin ont fait partie des auteurs l’ayant influencé à une époque où il cherchait encore son style. Il cherchait à se détacher des stéréotypes des mangas commerciaux auxquels il avait participé par le passé. Plus qu’européenne, l’influence est avant tout française. Ainsi, il collabore avec le dessinateur Frédéric Boilet et l’auteur Benoît Peeters en 1994 sur "Tokyo est mon Jardin", et avec Moebius pour la série Icaro. Benoit Peeters soutient que la technique de Taniguchi est l’une des plus proches de celle des auteurs européens.

Un mangaka pas comme les autres

Lorsque l’on pense à Jiro Taniguchi, les mots qui nous viennent à l’esprit sont : poésie, rêve, contemplation, méditation, souvenirs, introspection, calme, temps.
Amateurs de scènes d’action à profusion, de personnages haut en couleurs, de baston, passez tout de suite votre chemin, ce mangaka n’est pas pour vous ! Il est même tout le contraire.
Chez lui, les histoires adoptent le ton de la simplicité, de la sobriété. Elles parlent de la vie de tous les jours, des relations familiales, du temps qui passe... Les thèmes récurrents de son oeuvre sont la famille, les blessures d’enfance, le deuil, la contemplation de la nature. Certaines oeuvres sont carrément méditatives ! Ainsi "L’homme qui marche" développe une promenade de Monsieur-tout-le-monde dans un quartier japonais, d’un cadre moyen qui savoure le plaisir du moment présent, observe les oiseaux, contemple la nature qui s’offre à lui. Ce manga pourrait être une métaphore du bonheur et de l’importance des choses simples, de la beauté de la nature.
Mais ce qui fait la force de l’oeuvre de Taniguchi, c’est le traitement subtil et plein de sensibilité de ses personnages et des relations que ceux-ci tissent entre eux. "Le journal de mon père", loin de tout sentimentalisme creux, de tout pathos, nous plonge dans une saga familiale à tendance autobiographique (pratique rare dans le monde de la bande dessinée) qui aborde le thème du rapport père-fils et plus généralement des rapports filiaux. Sans excès, sans grandiloquence, sans emphase et sans effets spectaculaires, il parvient à nous toucher et à nous émouvoir d’une manière inimitable. Chez Taniguchi, l’émotion passe souvent par l’indicible, le non-dit, les drames domestiques quotidiens... Pas de personnages larmoyants ni d’âmes torturées... Pas de débordements.

Cette justesse dans l’expression des sentiments et des émotions fait de Jiro Taniguchi un mangaka plébiscité aussi bien par le public japonais que le public occidental. Certains critiques littéraires français parlent même de "BD d’auteur" ou de roman graphique pour qualifier l’oeuvre intimiste de Taniguchi. On le compare volontiers au cinéaste Ozu ou à Claude Sautet.

Le temps est également un des leitmotive de son oeuvre. Que ce soit à travers la contemplation (le temps suspendu) dans "L’homme qui marche", ou à travers les souvenirs, le retour à l’enfance. Les personnages de Taniguchi se replongent dans leur passé pour comprendre leur présent ("Le journal de mon père"), ou effectuent un voyage dans le temps imaginaire leur permettant de refaire le passé ("Quartier lointain").

Jiro Taniguchi aime les choses simples. Mais simple ne veut pas dire simpliste, simplifié. Seuls les virtuoses peuvent réussir à rendre avec autant de pudeur les plus belles émotions.

Le dessin est à l’image de ses histoires, simple, réaliste, précis. D’aucuns lui reprochent une trop grande homogénéité graphique entre ses personnages. Et pourtant, Taniguchi a un souci du détail exceptionnel, qui transpire dans la plupart de ses œuvres.

C’est peut être parce qu’il s’éloigne tant des conventions du genre qu’il réussit à toucher les amateurs de littérature, les aficionados de BD franco-belge, et paradoxalement moins le public traditionnel des manga en France (mais cela reste à vérifier).

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