Mononoke Hime constitue le projet le plus ambitieux du studio Ghibli. En effet il demanda 3 années de réalisation : d’août 1994 à juin 1997, comptabilisant un budget record de 2,4 milliards de yen. Cependant le succès est à l’image des fonds investis, le film plafonne au box office et fait tomber le record historique d’E.T au Japon attirant plus de 15 millions de spectateurs : audience record pour un film d’animation !
La reconnaissance artistique est également au rendez-vous, Miyazaki remporte une trentaine de prix, dont celui du Meilleur Film au Japan Academy Awards ! Il est également désigné pour représenter le Japon dans la section Oscar du meilleur film, mais n’est cependant pas nominé. Impressionné par le phénomène Miyazaki Disney signe également avec le studio Ghibli pour diffuser les œuvres du maître et les faire connaître au grand public. Mononoke Hime bénéficie ainsi d’un soutien économique conséquent et d’une distribution internationale importante.
La première version du film était destinée à être une production inspirée du conte La Belle et La Bête, mais Miyazaki se décide pour une autre histoire, celle que vous pourrez voir sur vos écrans. Mononoke Hime peint un univers épique, grandiose, dont la perfection des décors n’a d’égal qu’un scénario approfondi et majestueux. Point d’orgue de la production de Miyazaki-sensei, le film est un chef d’œuvre magnifique, émouvant, sublime et tout simplement indispensable.
Synopsis
Mononoke Hime se déroule au Japon de l’ère Muromashi (1333-1568), une ère de mutation, de confusion, de transformation. Une période trouble, où le système médiéval commence à s’écrouler au profit de l’industrialisation. Vivant avec la tribu Emishi, peuple pacifique et shamaniste, le prince Ashitaka se voit forcé de tuer un Tatarigami (ou dieu maudit) pour sauver son clan. Le dieu se révèle être Nago, un puissant sanglier, qu’un morceau de métal inséré dans son corps, aurait rendu maléfique. Cependant, cette mise à mort conduit le héros à être victime d’une malédiction. Il doit alors quitter sa tribu pour tenter de trouver une guérison à sa blessure maudite. Muni du morceau de métal trouvé dans le corps du sanglier, il part à la rechercher de l’origine du mal de Nago. Au cours de sa quête, il sauve la vie du moine Jigo qui lui conte alors la légende du Shishigami (Dieu-Cerf) protecteur de la Forêt, capable de guérir toutes sortes de blessures. Voilà Ashitaka à la recherche de la Forêt mythique, où il rencontrera la princesse Mononoke, jeune fille élevée par des Dieux Loups. Celle-ci est l’ennemie jurée de dame Eboshi qui régit le village voisin. Dans cette guerre entre San la princesse louve, dont il tombe amoureux et l’humanité naissant à l’industrialisation, Ashitaka ne veut pas choisir de camp. Et pourtant la haine est là, consumant humains et Dieux, le conflit semble inévitable…
Personnages
Hayao Miyazaki scénariste et réalisateur de génie n’a pas manqué de se documenter avec patience et ferveur sur l’ère Muromashi, le peuple Emishi, la naissance de l’industrialisation au Japon etc, ce qui donne à l’animé un aspect « réaliste » et historique qui ne gâche rien. On n’en attendait pas moins du perfectionniste de Kaze no Tani no Nausikha !
Les Hommes : Les personnages ne sont plus ces personnages vivants et riants marqués du sceau de l’Happy End propre aux premières œuvres de Miyazaki. Mononoke Hime annonce ainsi un tournant dans la réflexion artistique de l’auteur et révèle une véritable évolution, une maturation psychologique depuis Cagliostro no Shiro. La profondeur tragique des personnages ainsi que leur quête identitaire sont somptueusement décrits par un Miyazaki au sommet de son art.
Le prince Ashitaka : Il pourrait apparaître comme le véritable héros du film puisqu’il fait naître l’action et demeure un des moteurs de l’intrigue. En effet, c’est en tuant Nago devenu Tatarigami qu’il hérite d’une malédiction qui le condamne à quitter sa tribu et chercher un remède à son mal. Le jeune Ashitaka est en effet issu d’une petite peuplade pacifique : les Emishi vivant au nord de l’archipel, rescapés d’une guerre contre le gouvernement de l’empereur Yamato.
Notre héros affronte un destin fataliste qu’il assume avec courage et témérité. La malédiction qu’il porte le pousse pourtant à devenir un être aveuglément haineux le conduisant ainsi irrémédiablement à sa perte. Cependant, être pacifique, sensible, il refusera de se laisser vaincre par la colère en assumant une mission pratiquement messianique : réconcilier Dieux et hommes afin de rétablir l’harmonie dans ce monde. Son amour pour San, la princesse Mononoke, renforcera son objectif qui paraît cependant plus qu’utopique.
San : Héroïne éponyme du film, elle est également surnommée « Princesse Mononoke » (c’est-à-dire la princesse des spectres) par les hommes qui la craignent et la redoutent. En effet, San fait partie de ces héros à l’identité trouble : ni humaine ni louve elle revendique pourtant avec ardeur son appartenance à la communauté des Dieux Loups et à la forêt. En effet, elle fut abandonnée par ses parents devant l’attaque de Moro (mère adoptive de San), l’animal prit alors pitié du bébé abandonné par sa lâche famille et l’éleva comme sa fille. La jeune fille grandit alors au milieu de la sauvage nature qu’elle considère comme son berceau et de sa tribu adoptive.
Défendant la Nature avec passion, reniant avec rage tous liens avec l’humanité, elle voue une haine sans borne à dame Eboshi, qu’elle considère responsable de l’agonie de la forêt. Cependant cette guerrière sauvage et intrépide sera ébranlée par l’amour d’Ashitaka.
Dame Eboshi : Maîtresse femme, elle gère d’une poigne de fer le village des Tatara : une communauté de forgerons (provient de Tatara Ba qui signifie, l’endroit où l’on fabrique l’acier) se situant aux portes de la forêt. Adepte des nouvelles technologies, elle ouvre l’ère de l’industrialisation. Cependant la jeune femme ne cessera de vouloir réduire la forêt qu’elle convoite pour ses richesses en minerais. Or dame Eboshi doit faire face à de nombreux conflits : elle se heurte aux divinités vindicatives de la forêt mais doit également se défendre contre le reste de l’humanité en proie alors aux guerres qui ravagent le pays.
Pourtant, elle apparaît aussi comme un personnage généreux qui ouvre ses portes à tous les bannis, les parias de la société : pestiférés et prostituées qu’elle recueillera dans sa forge. Cette amazone forte et féministe déploie tous ses efforts pour faire survivre sa communauté, quitte à tuer dieux et les esprits de la forêt.
Le Shishigami : le Dieu Cerf : Objet de convoitise de tous les protagonistes du film, le Shishigami est véritablement le cœur de la forêt. Entité suprême il a le pouvoir de guérir toutes les blessures et donne ou retire la vie aux dieux comme à tout être vivant. Etrangement il a deux apparences distinctes et apparaît de jour sous l’aspect d’un cerf au visage humain, et de nuit, il se transforme en Didarabocchi : magnifique créature translucide et étoilée qui parcourt les domaines naturels.
A la fois humain et animal, divin et mortel, il ne prend part à aucun conflit mais possède un pouvoir phénoménal de création mais également de destruction.
Moro : Une Inugami : une Déesse Louve. Elle est âgée de 300 ans et a 2 fils et une fille humaine : San qu’elle a élevée dans la forêt. Si le Shishigami est d’apparence bienveillante, Moro ne manque pas de paraître agressive. En effet, elle entame une guérilla contre dame Eboshi et les humains de Tatara Ba, tout en évitant un conflit ouvert et direct qu’elle est certaine de perdre. Réflechie elle comprend le langage humain et lit profondément dans le cœur des Hommes, toutefois elle pense que la race humaine doit être annihilée pour permettre la survie de la Forêt.
Okkhotonuchi : Est l’inoshishigami, ce qui signifie : le dieu des dieux des sangliers. Il est âgé de 500 ans, il comprend également le langage des humains. Sa vieillesse l’a rendu aveugle de sens mais également d’esprit. Il hait profondément l’espèce humaine mais à la différence de Moro il est prêt à entamer une guerre suicidaire contre les hommes pour débarrasser le monde de ce qu’il considère être un fléau. Il pressent le déclin de la Nature et des Dieux et se lance à corps perdu dans une entreprise de destruction.
Les Kodama : Sont des petits êtres translucides qu’Ashitaka rencontre dans la forêt. Pacifiques et bienveillants, ce sont les « esprits des arbres » qu’on traduit vulgairement en français par « sylvains » qui provient du latin silva : « forêt ». Kodama signifie également « écho » peut être à cause du bruit que les esprits émettent en agitant leurs têtes rondes. Ils reflètent le merveilleux de la Nature et symboliseront l’espoir en un monde en paix avec la Forêt.
Les Esprits et les Dieux de la Forêt : Miyazaki nous ouvre une fois de plus les portes de son univers imaginaire fertile et sublime où le fantastique ne cesse d’effleurer l’inquiétant.
Quelques thèmes abordés par Miyazaki
Dans toute l’œuvre de Miyazaki se profilent des axes thématiques essentiels qui rythment le récit et la vision artistique de l’auteur. Mononoke Hime concentre la majorité des intérêts et des idées abordées par le maître tout au long de ses œuvres.
L’importance de la Nature : Amour de la Nature
« Il y a une petite île dans le sud du Japon qui s’appelle Yakushima. On la surnomme « Sekai Isan », ce qui pourrait se traduire par « monument universel naturel ». J’y suis allé il y a vingt ans, et c’est là que j’ai commencé à me poser des questions sur la nature et les rapports que l’homme entretient avec elle. Il est troublant de voir cette île recouverte de forêt vierge, où certains pins ont plus de 8 000 ans. Lorsque vous vous promenez dans cette forêt, vous pouvez imaginer ce qu’éprouvaient les gens qui y vivaient, et aussi ce qu’ils devaient faire pour y survivre. Lorsque j’ai décidé de faire Princesse Mononoké, je suis retourné sur l’île mais cette fois avec toute l’équipe des studios »
Extrait d’interview d’Hayao Miyazaki
L’amour de Miyazaki pour la Nature transparaît dans toutes ses œuvres. Dans Mononoke Hime, l’action s’ouvre sur un magnifique décor montagneux baigné dans une brume diffuse. L’auteur utilise des nouvelles techniques, des palettes plus élaborées pour illustrer de la manière la plus réaliste possible les éléments naturels. Ainsi les coloris employés pour l’eau ne seront plus bleus mais Miyazaki optera pour un camaïeu de noir dont les effets sont pour le moins uniques. Le mangaka s’est mué en peintre, le scénariste en écrivain, Mononoke est une hymne sublime à la Nature et à sa beauté verdoyante et millénaire.
Une nouvelle vision de la Nature
« Je n’étais pas satisfait de l’image que donnaient les films du studio Ghibli de l’homme face à son environnement. En particulier la manière douce, idyllique dont nous avons montré le rapport à la nature. Je pense que dans la relation entre l’homme et la nature, il y a un aspect terrible, quelque chose de beaucoup plus vaste... »
Extrait d’interview d’Hayao Miyazaki
Si dans Tonari no Totoro ou encore dans Tenkû no shiro no Ryaputa (Laputa, château dans le ciel), Miyazaki nous peignait un univers naturel bienveillant peuplé de personnages fantasmagoriques ou tirés des légendes japonaises, insistant sur le rapport étroit entre hommes et dieux dans un message qu’on pourrait appeler « écologique », il change de point de vue dans Mononoke Hime. La Nature devient agressive, sombre, négative à l’image de Moro et d’Okkhotonuchi. Nature qui se révolte face au Pouvoir industriel de l’homme qui la surpasse complètement. (on pourrait comparer cette révolte à celles des tanukis dans Heisei tanuki Pompoko (Pompoko, bataille de Tanuki de l’ère Hesei) une des productions Ghibli)
Le passage à l’industrialisation transforme complètement les hommes comme le montre la dichotomie profonde entre les Emishi (cette peuplade pacifique et respectueuse des Dieux) et les Tatara Ba, qui posent avec violence et assurance leur empreinte sur le monde.
Cependant Miyazaki ne condamne pas l’essor de la modernisation. A l’instar d’un certain Friedrich Nietzsche, il pense que « Dieu est mort » permettant ainsi l’essor de l’humanité. L’être humain doit exploiter la Nature pour survivre, il ne s’agit pas de condamner une « mauvaise »nature humaine mais de sauver peut-être quelques sites naturels.
Le shintoisme et le shamanisme
Miyazaki est de religion shintoiste. Cela ne vous parle pas ? C’est l’une des deux religions les plus implantées dans le Japon avec le bouddhisme. La religion se base sur le principe du Gami, de la divinité et les éléments naturels sont tous des divinités : les animaux, les planètes, etc N’importe quel Gami peut être frappé d’un tatari : d’une malédiction qui le rend maléfique, il poursuivra alors avec colère l’humain qui lui a fait du tort. L’homme peut échapper à cette malédiction par la purification.
Cependant Miyazaki prend des libertés face à cette religion. Certains animaux ou esprits apparaissent avec des visages humains, comme le shishigami ou les Kodama dont la silhouette n’est pas sans penser à celle d’un être humain.
Les Emishi symbolisent et pratiquent cette religion respectant autant qu’ils craignent les dieux de la forêt. Ainsi, Ashitaka tentera de calmer le Tatarigami Nago en lui adressant quelques prières qui restent sans réponse. Il n’utilise la violence contre le Dieu Sanglier qu’à la dernière minute, quand nulle autre action n’est plus envisageable.
Guerre et Vie : La valeur de la vie
Rappelons-nous l’enfance de Miyazaki qui naît au cœur du second conflit mondial dont le Japon portera encore longtemps des cicatrices sanglantes. Marqué par les guerres et son carrosse de carnage, l’auteur portera au plus haut la valeur de l’existence humaine.
La haine aveugle, l’appel du sang est marqué du sceau de la malédiction menant irrémédiablement à la mort. Ashitaka, le héros maudit privilégiera ainsi toujours la vie et n’utilisera la violence qu’en dernier recours. Violence qui ne fait d’ailleurs qu’agrandir la tâche maudite qui risque de le consumer à tout jamais.
Si dans les précédentes productions de Miyazaki, la mort n’existait pas, avec Mononoke Hime, la Faucheuse est bien là derrière chaque choix décisif des personnages et réserve son lot de souffrance et de douleur aux êtres vivants.
Une guerre sans vainqueurs
Miyazaki installe Mononoke Hime dans une période floue du Japon de l’ère Muromashi, alors déchiré par des multiples guerres intestines. Cette époque reflète un pouvoir hésitant face à la lutte des civilisations et l’avancée de l’industrialisation. Les humains s’entretuent, les hommes tuent les dieux, il n’y a plus d’ordre, seul la violence prévaut.
Cependant l’auteur peint ces conflits avec une originalité qui lui est propre. Il ne prend aucunement position et interdit ainsi toute vision manichéenne du récit se contentant de peindre avec douleur les conséquences de la guerre, les souffrances des personnages et l’importance du patrimoine. Dans cet univers qui se veut objectif et réaliste, les « méchants » se confondent avec les « gentils » et la morale n’est pas assénée pour sauver les apparences et brosser un univers soyeux et gentil. Mononoke Hime demeure une fable impitoyable développant les rapports entre les êtres humains, les hommes et la Nature lors d’un récit épique et sublime. Cependant dans cette guerre sans pitié, aucun parti ne sortira indemne, la guerre n’a ni vainqueurs ni vaincus.
Critiques
Dès l’ouverture du film, le spectateur reste sans voix face aux talents conjugués du peintre Miyazaki et du magicien Hisaishi. L’œuvre apparaît unique, magistrale et unit techniques traditionnelles et techniques modernes pour un traitement de l’image sans égal.
Utilisation des effets graphiques : Le graphisme de Miyazaki reste très réaliste, les courbes anatomiques sont respectées, les décors semblent respirer et vivre grâce à une palette couvrant 550 coloris différents ! De plus une partie de la mise en couleur des cellulo s’est faite en numérique. La peinture est magistrale et le dessin est tout simplement magnifique.
Cependant Mononoke Hime bénéficie également d’un apport technologique discret mais efficace. Les effets graphiques ne sont pas superflus et ponctuent agréablement le récit. Ainsi les vers du Tatarigami ont donné du fil à retordre au designer informatique. Les techniques récentes du morphing ont également été utilisées pour peindre la mort de Nago.
De plus certains passages du film ont été effectué sur plusieurs plans. Ainsi, dès le début de l’oeuvre, le spectateur est abasourdi par la poursuite effrénée du dieu maléfique par Ashitaka.
Pourtant le film reste essentiellement traditionnel puisque seulement 100 plans sur les 1600 du film ont bénéficié d’aide informatique.
Une fable somptueuse : Mononoke Hime est rythmé, enlevé. La fable ne permet aucun temps mort, nouant avec génie romance, guerre, psychologie, souffrance, l’œuvre est profonde et intelligente dressant un portrait éblouissant et coloré de l’Humanité.
Si l’action semble se dérouler au Japon médiéval, le spectateur reste consterné par la modernité et l’intemporalité des thèmes et des problèmes abordés par Miyazaki. Ecologie et guerre, protection du patrimoine ou modernisation, si l’auteur ne tranche pas, le spectateur, lui se trouve face à des dilemmes importants. Dilemmes qui tendent à classer Mononoke Hime dans la catégorie de fable adulte ou de conte sérieux.
Plus sombre que ses précédentes œuvres, le film met également en scène des personnages profondément tragiques qui affrontent des destins contraires avec courage. Chaque être est intensément étudié, irrémédiablement humain et ne peut ainsi pas être simplement « gentil » ou « méchant ».
Cependant ces thématiques sérieuses sont insérées dans un univers merveilleux, fantastique et coloré, sorti tout droit de l’imaginaire foisonnant de Miyazaki. Le film revêt alors un aspect enfantin paradoxal qui tempère mais met également en lumière les problèmes sérieux abordés par l’auteur. Adulte et enfantin, imaginaire et réaliste, l’œuvre de Miyazaki n’en finit pas d’être antithétique à l’image de l’ambivalence de l’esprit humain.
Conclusion : Fable sublime, chef d’œuvre intemporel, Mononoke Hime reste L’œuvre clef de Miyazaki. Le spectateur n’en finit pas d’être ébloui par la beauté des décors, la peinture passionnée des sentiments humains et la magie de l’OST d’Hisaishi.
Mononoke Hime reste un incontournable de l’animation, un admirable film sur la complexité de l’humanité et une ode perplexe sur l’avancée de la modernité et la splendeur de la Nature.
Auteur
Enfance : Hayao Miyazaki naît le 5 janvier 1941 à Tokyo alors que la seconde guerre mondiale bat son plein. Son père dirigeait une compagnie d’aviation : « Miyazaki Airplane ». Univers de guerre et d’aviation qui transparaîtra dans le magnifique Kurenai no Buta (Porco Rosso) de l’artiste. Il grandit au sein d’une famille aisée, cependant en 1944, à cause du conflit mondial, ils sont forcés d’évacuer la capitale du Japon, alors bombardée par l’aviation américaine, pour aller vivre à Utsunomiya.
La mère de l’enfant Miyazaki tombe alors gravement malade en 1947, victime d’une tuberculose spinale, qui la contraint à rester allongée pendant 9 années consécutives. Le thème de la figure maternelle malade et absente a imprégné une nouvelle œuvre de l’artiste respirant nostalgie et cohésion familiale : Tonari no Totoro (Mon Voisin Totoro).
Etudes et engagement artistique : C’est en 1958, après avoir découvert le premier long métrage japonais d’animation Hakuja Den (La Légende du Serpent Blanc), qu’il se décide à devenir artiste. Miyazaki poursuit cependant des études d’économie à l’université de Tokyo tout en cultivant activement son rêve. Inconditionnel de manga et passionné par l’œuvre du Dieu Osamu Tezuka (Astroboy, Metropolis), il travaille son art et est finalement engagé en tant qu’intervalliste dans le temple du dessin animé japonais Toei Doga (qui a produit Goldorak, Candy…)
L’artiste devient animateur en 1965 et rencontre le talentueux Isaho Takahata (le Tombeau des Lucioles…) et sa future femme Akemi Ota. Après avoir participé à de nombreux projets artistiques, il se décide de changer de studio et rejoint son ami Takahata en 1969 chez A Production, le concurrent direct de Toei.
De A Production au studio Ghibli : En 1973, en compagnie de Takahata, il quitte A Production pour rejoindre Zuiyo Picture où Miyazaki se fait connaître avec le dessin animé japonais Heidi. Il travaille également sur quelques épisodes de Lupin III et se voit confier en 1979 la réalisation de Cagliostro no Shiro (Château de Cagliostro).
Il travaille ensuite sur un manga : Kaze no Tani no Nausikha (Nausicaä, De la Vallée du Vent), sa première œuvre personnelle (marquant également le début de sa coopération avec Joe Hisaishi) qu’il portera à l’écran en 1984 et fonde un an après le studio Ghibli avec son inséparable ami Isaho Takahata. Studio d’où naîtront de nombreux chefs d’œuvres.
Filmographie (liste non exhaustive) :

1979 : Lupin III, Cagliostro no Shiro (le Château de Cagliostro)

1984 : Kaze no Tani no Nausikha ( Nausicaä de la Valée du Vent)

1986 : Tenkû no Shiro no Ryaputa (Laputa, le château dans le ciel)

1988 : Tonari no Totoro (Mon Voisin Totoro, qui deviendra la mascotte du studio Ghibli)

1989 : Majô no Takkyûbin (Kiki, la Petite Sorcière)

1992 : Kurenai no Buta (Porco Rosso)

1996 : Mononoke Hime (Princesse Mononoke)

2001 : Sen to Chihiro no Kamigakushi (Le Voyage de Chihiro)
Musique
Joe Hisaishi, grand magicien de la musique signe l’OST de Mononoke Hime. Celui-ci illustre musicalement les œuvres d’Hayao Miyazaki depuis Kaze no Tani no Nausikha. Son travail est impressionnant et se fond parfaitement avec l’ambiance du film. Parfois épique, pour peindre les batailles, parfois languissante et envoûtante lors des scènes d’amour, parfois enfantine pour brosser l’univers des Kodama, la musique d’Hisaishi est cependant toujours magnifique.
Mononoke Hime paraît être un grand voyage nous conduisant dans l’univers de Miyazaki mais également du musicien qui nous révèle un art somptueux et harmonieux. Personnage à part entière du film, le spectateur n’a qu’à fermer les yeux pour imaginer des paysages fantasmagoriques et merveilleux.
Miyazaki participe également à la construction de l’œuvre musicale puisqu’il a écrit la plupart des paroles des mélodies.
Grandiose, fantastique, épique et merveilleux, l’art d’Hisaishi se fond merveilleusement avec celui de l’auteur pour donner naissance à un chef d’œuvre de l’animation.